Le plateau du Vénérable : leçons de leadership de la loge
Ce qu’une institution bénévole vieille de 300 ans sait de l’autorité, de la succession et du niveau, et que la plupart des directions doivent réapprendre.
Considérez une organisation singulière : son dirigeant en chef sert un an, sans rémunération ; son conseil est composé de ses prédécesseurs récents ; ses effectifs peuvent démissionner sans pénalité à tout instant ; et pourtant l’institution fonctionne sans interruption depuis trois siècles. Toute école de management devrait en vouloir les secrets. La loge en a cinq.
Premièrement, l’autorité est empruntée, non possédée. Le Vénérable gouverne la loge de façon absolue — et rend le maillet au bout de douze mois. Chacun obéit au plateau en partie parce que chacun pourra un jour y siéger. Le pouvoir exercé dans la certitude de son retour migre naturellement vers l’équité.
Deuxièmement, la succession est le programme. Une loge n’a pas un programme de leadership ; elle en est un. Chaque office enseigne le suivant ; le temps qu’un homme devienne Vénérable, il a passé des années à observer le plateau sous tous les angles de la salle. Les entreprises qui promeuvent par surprise pourraient méditer la progression des offices.
Troisièmement, la cérémonie porte les normes. La loge s’ouvre de la même manière à chaque fois, dans chaque pays, à chaque siècle. Le rituel est la façon dont une institution se souvient de son niveau d’exigence quand aucun fondateur n’est présent pour le faire respecter — une leçon pour toute entreprise dont la « culture » ne vit que dans des slogans.
Quatrièmement, le niveau est porteur. Parce que le rang hors de la loge n’y signifie rien, l’information remonte sans crainte. Le Vénérable qui fut initié aux côtés de son propre facteur a reçu la plus utile inoculation que puisse recevoir le leadership : l’habitude d’être poliment contredit par des gens qu’il respecte.
Cinquièmement, l’agape est une gouvernance. Le repas qui suit la tenue est l’endroit où les frictions se dissolvent, où les plus jeunes sont encouragés et où les mauvaises nouvelles s’annoncent avec ménagement. Les institutions qui suppriment le dîner pour gagner du temps découvrent peu à peu ce que faisait le dîner.
Rien de tout cela n’exige un tablier pour s’appliquer. Mettez vos dirigeants sur le niveau, faites de la succession le devoir de chacun, laissez la cérémonie porter vos normes, et nourrissez vos gens à une même table — et votre firme pourrait bien être encore solvable en 2326.